Il
y a 200 ans Vulaines était un petit village de 150 habitants et 57 bâtiments d’habitation ou d’exploitation. Tous les bâtiments
sont visibles sur l’image sauf l’auberge de «Cayenne» qui était
au bord de la Seine. Ils formaient un petit hameau vers les sablons
(actuellement rue de la République) et s’étiraient près de l’église.
Cette dernière était entourée par le cimetière, le curé, Nicolas
Augé, habitait dans la maison juste au sud (elle existe toujours
au 16 rue Jame mais a été agrandie). Ces maisons et leurs jardins
occupaient 11 ha 38 dont près de 2 ha
pour le château, ses communs et son parc.
La
seigneurie de Vulaines était détachée de la baronnie d’Héricy depuis 1716, elle consistait d’une
part en la propriété d’un château et d’un domaine d’autre part
en la propriété de « droits » dits seigneuriaux :
quelques taxes sur les vendanges, le four et sur les successions,
le produit des amendes prononcées par le juge seigneurial…
Les
Vulaignots étaient surtout vignerons, propriétaires de tout petites parcelles situées sur
le coteau regardant la Seine. Ils faisaient un petit vin clairet
qu’il fallait boire vite avant qu’il ne se gâte. Les terres de
labour appartenaient à de plus gros paysans mais seuls deux propriétaires
possédaient plus de 10 ha le sieur Bourdin avec 113 ha (sa ferme
est juste à l’est de l’église) et le seigneur de Vulaines avec
93.
Le
« domaine » seigneurial représentait ¼
des terres de labour, 30% des prés, la totalité des bois mais
seulement 2,5% des vignes. Champs et prés étaient exploités directement
par une grande ferme située au coin de la route de Machault (carré
bleu vif sur le plan), le fermier en était en 1789 François Ménage.
Le
seigneur Saint-Louis Guindant était « docteur régent des facultés de médecine
de Paris et de Montpellier, membre de la Société royale des sciences
de Montpellier, membre du colège de médecine et des sociétés royales
de phisique et d’agriculture d’Orléans, censeur royal » mais
tous ces titres ne le rendaient pas riche puisqu’il avait dû emprunter
en 1782 plus de la moitié du prix de la seigneurie. C’est sans
doute lui qui créa le parc y plantant des chênes dont trois sont
toujours debout. Le 3 janvier 1786, à 43 ans, il épousa
Amable Louise Desprez, fille mineure d’un avocat au Parlement
qui lui apportait une grosse dot. Ils eurent une fille, Pulchérie,
mais le 31 mai 1789 le docteur mourut subitement à Vulaines et
y fut enterré sans la présence d’aucun membre de la famille. Ce
fut le dernier seigneur du village puisque le 4 août suivant les
droits seigneuriaux et les titres étaient supprimés.
La fin du domaine. La veuve Guidant
semble s’installer à Vulaines dès 1791 mais en mai 1795 elle vend
son château (avec parc, jardins et vergers) à «la
citoyenne Delaisement divorcée du citoyen Harel ». gardant les terres et une
maison. Le château connaîtra désormais une histoire indépendante.
On ignore quand la veuve Guindant disparaît mais en novembre 1812
les terres sont vendues par sa fille, Pulchérie Guindant et son
mari, à un marchand de biens. Il organise aussitôt la vente aux
enchères des parcelles pendant trois dimanches de suite chez Maître
Chevrier à Héricy. Le premier lot est la grande ferme qui, achetée
par un bourgeois de Fontainebleau, est vite détruite puisqu’il n’y a plus de terres à mettre en fermage.
Ainsi disparaissent définitivement
seigneurie, domaine et ferme. Quand à la propriété de monsieur
Bourdin, elle passe à un Inspecteur des domaines, Nicolas Ledure,
qui très fier de ses propriétés, en fait graver le plan complet
et deviendra le seul notable du village, et seul électeur censitaire
après 1815.